L’Éloge de l’Inconscience (ou le bonheur de ne rien foutre de vrai dans un monde qui s’écroule avec élégance)

Publié le 30 mars 2025 à 12:31

Ah…
Comme j’aimerais être inconscient. Mais pas juste un peu distrait, non non…
Inconscient de luxe.
Inconscient haut de gamme, avec finitions dorées à la feuille d’or, vendu avec une garantie « Zéro pensée critique » pendant 99 ans ou jusqu’à extinction de l’humanité, ce qui viendra probablement avant.

Imaginez…
Vivre sans avis. Sans opinion.
Ou mieux encore : avec l’avis de la majorité.
Vous savez… cette majorité bienveillante, cette ruche docile qui pense en slogan, vote en panique et rêve en publicité.

Je vivrais paisiblement, lové dans le coussin moelleux de l’approbation collective.
Une petite existence tiède, sans aspérités, sans remous, sans ces insupportables questionnements existentiels qui ruinent l’apéro.
Je serais cette oie,  grasse, douce, résignée, qui gobe la bien-pensance au petit-déjeuner, sans se demander pourquoi la main qui la nourrit… lui caresse aussi le cou au couteau.

Ah, que c’est beau, notre monde !
Tellement... symétrique.
Tellement… calme.
Rien à signaler, hein ? Non non. Circulez.
Tout va très bien, madame la Marquise. Le château brûle, mais le feu est écoresponsable.

Et puis, surtout…
Les Canadiens (oui, ceux de Montréal, pas ceux qui disent « sorry » en traversant la rue) sont les meilleurs, bien sûr.
On perd ? On s’effondre ? On enfile les défaites comme des perles de honte ?
Mais peu importe. On est les meilleurs. Parce que… c’est écrit sur la casquette. Et brodé sur le cœur des fans qui ne regardent même plus les matchs.

Oh, et n’oublions pas la vraie bonne nouvelle du jour :
Le poulet frit sans hormones naturelles est en spécial chez Métro.

Quelle ironie sublime.
Plus d’hormones, plus de goût, mais surtout… plus de questions !
À ce prix-là, le doute n’est plus un luxe, c’est une tare.

Je vois déjà la scène :
Un caddie bien rempli, un esprit bien vide,
et cette douce conviction de faire partie de la solution parce qu’on recycle ses pots de yaourt.

Quel bonheur ce serait de m’éteindre à petit feu, sans le savoir, sans douleur,
en remplaçant la conscience par des points Air Miles et des débats sur la cuisson optimale du tofu végan.

Oui…
J’envie les inconscients.
Les heureux, les bien intégrés, les résidents permanents du confort mental.
Ils sont là, sourire en plastique et esprit en gelée, convaincus que la paix intérieure se trouve dans un diffuseur d’huiles essentielles acheté en solde sur Amazon.

Mais pas moi.
Hélas, trois fois hélas…
Je pense.
Je doute.
Je vois.
Et le monde me file la nausée.

Alors je reste là, spectateur grinçant de ce théâtre bourgeois,
à murmurer entre deux gorgées de vin biodynamique :
"Bon appétit, mes amis. Le foie gras est servi. Et ce soir, c’est nous, les oies."

 

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